Il y a un val pas très loin de chez moi où le printemps est juste en train de naître.
L'herbe est jaune et collée à la terre, comme de long cheveux dorés qui n'auraient pas eu le temps de sécher.
La neige y est encore présente et s'étire par grandes plaques, recouvrant encore les alpages à certains endroits.
Tout semble dormir encore... sauf les chamois qui sont descendus de la
forêt proche pour brouter quelques touffes d'herbe tendre et verte, le
long des chalets encore vides de leurs gens.
Mais aujourd'hui, je ne vais pas courir après les chamois.
La pluie s'est annoncée depuis le début de l'après-midi, et je sais que la balade sera courte.
Cette fois-ci je suis venue voir les jonquilles sauvages... pourtant, en regardant le paysage dans son ensemble, je me dis que c'est trop tôt et que j'aurais mieux fait d'attendre, puis, au détour du chemin j'aperçois au loin quelques tapis épars sur les talus.
Plus courtes que les variétés que l'homme se croient en droit d'inventer, elles se dressent par centaines, ondulant sous la brise ou se couchant sous la force du vent. Elles résistent, elles insistent à célébrer le printemps et se moquent de la giboulée prête à cingler les jolies collerettes.
Les premières gouttes commencent à tomber mais moi aussi je m'entête, gagnée par la force nouvelle de cette armée printanière, je monte encore plus haut et contourne la neige... une glissade impromptue n'étant pas au programme de cette escapade!
Ici la vue est parfaite, et malgré le ciel qui a perdu ses couleurs et le gris qui envahit la montagne, je m'allonge sur le sol humide pour saluer les princesses...
Elles se retournent, me saluent puis continuent leur babillage sur l'arrivée du printemps et la naissance des fleurettes!